Psychothérapie marchée

Psychothérapie marchée

J’ai choisi de pratiquer la psychothérapie à l’Odyssée, entre autres, parce que se trouvait en ses lieux, un sentier de marche en forêt. Une forêt d’arbres matures et qui ont beaucoup de choses à raconter… Comme les personnes qui me consultent d’ailleurs !

Ce texte se veut un premier témoignage de mon expérience en tant que praticienne de la psychothérapie marchée. Une approche que j’ai créée plusieurs années après avoir ressenti une forte intuition durant mes études doctorales.

Abritée par les murs de béton de la clinique où je pratiquais durant mon internat, je n’ai pu m’empêcher d’observer l’impact sur moi et sur les personnes que je rencontrais en psychothérapie, de l’environnement physique dans lequel je me trouvais. Je me suis donc mise à imager de meilleurs contextes thérapeutiques, des lieux ressourçant par eux-mêmes, vivants et vibrants. J’ai ensuite constaté l’effet de la sédentarité sur moi et sur mes clients. De quelle façon le simple fait que notre corps soit confiné dans un fauteuil (aussi confortable soit-il), pouvait aussi confiner notre esprit…

J’ai alors poursuivi ma réflexion sur les contextes plus favorables à ma future pratique de psychothérapie, en considérant aussi le besoin de corps de bouger avec la parole, de s’exprimer lui aussi. M’est alors venu l’idée de pouvoir marcher en forêt avec mes clients. La simplicité de l’idée, ainsi que son grand pouvoir me sont apparus comme deux éléments révélateurs.

Après maintenant trois ans d’expérimentation, je peux témoigner bien humblement, des premières observations que je fais de cette pratique qui confirme mes intuitions.

Une séance commence par une prise de contact bien ancrée dans la réalité. Sommes-nous bien chaussés ? Habillés selon la température ? Avons-nous l’heure avec nous, notre bouteille d’eau et nos mouchoirs ? Ensuite, le départ. Je prends contact avec la personne et dès les premiers moments, en plus de ce qu’elle me dit, je peux sentir comment elle arrive par le rythme de son pas. Tout au long de la séance, plusieurs indices corporels me permettent de m’ajuster à elle et de lui proposer des interventions adaptées à ce qu’elle me dit et à ce que son corps en mouvement exprime.

La plupart du temps, nous marchons côte à côte. Ainsi, la personne peut se laisser bercer par la forêt qu’elle regarde en me parlant et venir chercher mon regard au besoin. Il en est de même pour moi. Regarder la forêt est en soi, un acte contemplatif et de centration, pour elle, comme pour moi. Parce que j’ai la chance de voir certains clients autant en psychothérapie marchée qu’en séance traditionnelle à l’intérieur, j’observe souvent qu’en forêt, les pensées circulent mieux. L’esprit semble moins rigide. Toutefois, pour certains et à certains moments, la forêt peut être trop distrayante. Naturellement, la personne qui me consulte régulièrement apprendra à reconnaître son besoin et me demandera de tenir la rencontre en dedans ou en dehors. Cette observation de soi et l’expression de la demande qui respectera son besoin est en soi thérapeutique et m’informe de où en est le client.

De plus, en marchant, la personne peut s’arrêter à n’importe quel moment. Cela se passe souvent lorsqu’elle a besoin de plus de concentration, de centration, ou encore lorsqu’elle vit une émotion importante, voire envahissante. Il n’est pas rare qu’elle utilise naturellement, des objets de la nature pour illustrer ce qu’elle vit. « C’est comme cet arbre qui…. » Certaines personnes utilisent aussi naturellement la forêt comme contenant sécuritaire et maternel pour y laisser des « choses » plus difficiles. C’est très beau. Ça se passe un peu comme si, dans le processus de psychothérapie, nous étions trois. Le client, moi et la forêt. Elle joue son rôle et nous porte.

Également, bien que le sentier ne soit pas très escarpé, la marche en soi est un exercice qui demande de respecter ses limites physiques, autant pour moi que pour la personne qui consulte. Il se trouve donc, dans cette pratique, un terrain d’exploration en temps réel du respect de soi et de l’autre. Cet élément aussi nourrit la relation thérapeutique et lui offre une occasion de s’enrichir.

De plus, la forêt est un lieu de prédilection pour l’apprentissage de la méditation pleine conscience et de la présence attentive, deux approches que je préconise en psychothérapie pour la gestion du stress et des émotions. En effet, nos sens sont constamment chatouillés par le vent qui souffle, la musique des oiseaux, le bruit des feuilles qui craquent, le parfum du soleil sur notre peau ou de la mousse sur les arbres, et par la lumière et les couleurs qui s’expriment de milles et une façon. De multiple occasions de s’exercer à l’observation du moment présent.

Lorsque la séance tire à sa fin, j’évalue la distance que nous pouvons encore parcourir et je nous conduis tranquillement vers la sortie du sentier. Je guide alors une transition douce entre le lieu protégé de la forêt et le retour au début du parcours et à l’espace intérieur du bâtiment où se trouve la salle d’attente. Cette transition aussi est importante. Elle nous permet de sortir d’un espace d’intériorité, pour revenir dans le monde extérieur avec plus de douceur que lorsque le bureau de ma porte s’ouvre, après une séance de psychothérapie traditionnelle.

C’est comme si tout était plus naturel en marchant en forêt. Tout en étant bien ancrée dans mon rôle de psychologue, je me sens tout de même plus « moi-même », parce que mes gestes sont naturels et communs au reste de ma vie. J’ai alors l’impression d’incarner encore plus profondément la posture humaniste à laquelle je m’identifie comme psychologue.

Voilà ce qui met fin à cette première collecte d’observations sur la pratique de la psychothérapie marchée. J’espère que ceci aura pu vous inspirer et vous donner envie d’explorer de nouvelles façons de faire les choses !

Au plaisir de marcher avec vous,

Karine Morin, D.Ps., psychologue

 

 

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