Les petits mots de Marie juillet 2017

Le petit mot de Marie , juillet 2017

Une nouvelle page de vie se tourne, celle d’une vie qui se termine.
J’ai bien plus de pratique pour celles qui commencent mais finalement, avec du recul, ce ne sont que des passages de vie, de tonalités différentes.
Mon papa nous a quittés vendredi dernier entouré de ses trois enfants et de sa compagne… privilège d’une mort organisée.
A presque 92 ans et une belle vie bien pleine et bien vécue, que demander de plus?
Nous n’avons pas de recul et tellement peu d’expérience en matière de mort programmée, commandée, assistée. Plusieurs étapes bizarres ont précédé le jour « J ». L’annonce de la date et l’heure une bonne semaine d’avance… drôle de RV, le décompte des jours et puis des heures…
Et que dire des jours qui s’écoulent doucement avec encore plein d’échanges, de présence, de rires et de souvenirs partagés…
Certains y voient du courage.
Je ne suis pas certaine que ce soit du courage mais simplement LA seule et unique voie qui s’impose de plus en plus inéluctablement. Un peu comme une chance à saisir au passage.
J’entends encore mon père parler au téléphone à son vieil ami et lui annonçant sa décision de quitter la planète pour reprendre ses mots. Je n’entendais pas ce que son ami lui disait, juste les mots de mon père lui répondant.
« Oui, ils ont accepté ma demande, j’ai eu des étapes à passer pour y avoir droit, mais j’ai réussi, oui, oui… c’est pour vendredi… non tu ne me feras pas changer d’avis… mais oui, j’y ai bien réfléchi… bien sur… Tu sais, j’ai fait mon temps… je suis complètement dépendant pour tout, Je ne peux même plus me gratter le bout du nez… Bon aller je te dis adieu… et prends bien soin de toi… »

Mes allées et venues entre le Québec et Bruxelles où il vivait, m’ont permises de passer de beaux, de merveilleux moments auprès de lui. Riches et sacrés… de le découvrir encore un peu aussi.
Le privilège de lui lire le discours que je lirais lors de ses funérailles… de voir dans ses yeux l’émotion et son sourire ensuite…
Que de démarches anti chronologiques!
Ça me faisait un peu l’effet des premiers accouchements qui ont été programmés, déclenchés pour toutes sortes (de bonnes ou moins bonnes) raisons… alors que maintenant, cette pratique est dans bien des lieux devenue presque routinière. Mais au début, ça devait être très bizarre de dire j’accouche tel jour à telle heure.
Et maintenant, on peut dire dans certains pays où l’aide à mourir a été légalisée, je vais mourir tel jour à telle heure…
Réalités surnaturelles, auxquelles nous nous habituons de plus en plus – malheureusement – sans trop de difficultés. Mais cette mort annoncée, demandée et souhaitée par la personne qu’on aime, permet aussi de commencer son deuil avant la mort. Et même si  elle n’en adoucit pas la peine, elle l’apaise.
Alors adieu mon Papa.

« Mon Papounet,

Voilà des années que tu programmes cette étape, quelques mois que tu la prépares plus assidument, quelques jours que tu l’organises et surtout que tu l‘attends impatiemment
Tu m’as épatée tout au long de ces dernières années, laissant te quitter les activités que tu aimais particulièrement, le golf que tu as du laisser faute de force dans les mains et des poignets meurtris par l’arthrite, la montagne, la moto et la course à pied jusqu’à septante ans, le parachutisme et le parapente que tu pratiquais encore à quatre vingt ans pour peu qu’un plus jeune te porte ta voile jusqu’au décollage.
Il ne te restait depuis quelques années que la lecture et la musique. Et bien sur, grâce à la précieuse présence de Claire dans ta vie tu as pu gouter à ses plaisirs, et tu voyais encore alors à ce moment là, le verre à moitié plein.
Jusqu’au jour de la chute fatidique, mi mars, qui a lancé le coup d’envoi d’un effondrement  sans retour que tu as nommé la dégringolade de ta vie.
—-
Mais là je m’emballe dans les souvenirs, car tes dernières volontés nous ont bien demandés de ne pas nous épancher plus de 2 minutes chacun, et j’en ai déjà grignoté plus de la moitié. Alors même si je te trouve gonflé, toi l’as de la prise de parole et du verbe juste, toi qui a jalonné nos passages de vies de discours inspirants et de lettres émouvantes… de nous couper ainsi le sifflet de peur d’ennuyer les gens ici présents d’allocutions emmerdantes ou d’éloges funèbres tout aussi enquiquinantes…
… Mais je vais respecter ton souhait.

Alors il me reste juste le temps de te dire merci. Merci pour tous ces moments volés au temps ces derniers mois, tout au long de mes allées et venues depuis mon Québec.
Instants de tendresse, riches de sens,
Où nous avons pu échanger l’essentiel nous concernant,
De précieux mots,
Quelques très discrètes larmes
Et, grâce à l’humour qui a jalonné ta vie et t’a si souvent permis de sauver la face mais ne t’a pas fait faux bon jusqu’à la dernière minute… nos rires aussi.

Privilèges d’une mort programmée qui m’a donné le temps de te dire au revoir et de te laisser quitter ma vie.
Alors bonne route papa, car même si pour toi le voyage s’arrête ici, je pense qu’il en est tout autrement. »

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont supportée durant ces dernières semaines et surtout je vous remercie pour votre compréhension pour mes absences fréquentes et parfois prolongées.
Je reprends le travail le 7 juillet prochain et vous souhaite un été ensoleillé, chaud et agréable, parsemé de bons moments en famille, de petits et grands voyages selon vos désirs, de belles rencontres nourrissantes… et surtout, n’oublier pas d’être doux avec vous même. Car si vous ne le faites pas, qui donc le fera?

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